Et puis c’est pas compliqué la savane. C’est juste un lion en jachère et un chanteur un peu djembé. Les oreilles ricochent un sentiment de pauvreté et de touffeur.
Tu bois de l’eau croupie. Tu pisses un peu quinine.
C’est juste un faubourg de pharmaciens qui roulent vers l’opale et la strychnine.
Je dis que c’est pas compliqué la savane. J’en ai sous les gencives et dans la gueule des synapses. Les narines grésillent. Une ambiance de jeu de dames.
Tu bois du vin d’écorce. Tu pisses rouille et vert-de-gris.
Alors on met tout ça dans une armoire, dans un sac, dans un livre, dans un regard.
De la vitesse, un gouvernail. Des contrechamps, des lames. De la vitesse, un gouvernail. Une aragne et un ver blanc. De la vitesse, un gouvernail.
Tu pousses un peu le talus vers l’ubac. Le soleil du matin plonge dans la chemise. Les papillons broutent du silence et rotent les matines.
C’est pas compliqué la savane. Tu bois des bières bleues. Tu pisses arc-en-ciel et Zambèze. C’est juste un phacochère borgne et une vierge aux seins de miel. Un escalier de cave pour l’infirme qui boit.

A quoi raccroche ? A quoi les corridors terrestres ? A quoi les oraisons maritimes ?
Le transit de la pâte humaine, les passeports, les gouffres et les attentes. Un ciel de cathédrale, une chorégraphie de supermarché, un rapport d’activité des limbes.
On n’invente que ce qui est connu. Depuis Lascaux. Depuis Tchernobyl.
Je casse un roulement à billes. Je pète une roue dentée. Je rabiboche la vie.
Je rabiboche.
Babebibobu, rabiboche
Kakekikoku, rakikoche
Lalelilolu, raliloche
Tatetitolu, ratitoche
Dadedi…
On ne peut pas toujours tout dire.
Va-t-on de ce pas dire rada ?
Va-t-on de ce pis dire radis ?
Va-t-on de ce pot dire radeau ?
Va-t-on de ce pus dire radu ?
Je rabiboche la vie.
Un onguent, un emplâtre, une tisane, un baptême.

Alors c’est quoi le monde si c’est pas compliqué la savane ?
Une négritude de bubons et de sperme,
Des Mongols, des Bouriates et des Inuits.
C’est quoi le monde à la chambre de commerce, dans le lit des rivières et le fer à bricelets ?
Tu bois la soupe au pain. Tu pisses les moissons.

La loi sur la croissance a prévu un dispositif transitoire pour les anomalies et les métastases.
Article un, ce qui dépasse est en trop,
Article deux, on fauche l’herbe,
Article trois, on décapite,
Article quatre, on abroge et on napalme.

Je mets la vie dans une brouette et descends à la ville. Et je la vendrai aux malheureux, aux éclopés, aux assureurs avec des sachets de lavande et du quasi d’agneau de pays. Un verre de syrah et du pain à la farine de pomme de terre.
Tu bois le jus de vie. Tu pisses de l’Esprit-Saint, trois fois saint.

A quoi le souffle ? à quoi l’emphysème ? à quoi l’assurance des ventilateurs ?
Je casse un dictionnaire. Je jette les mots contre le vent.
Propre con, salsemême, compostirage, aniblanche, escrodent, cul-terrien, cul-terrien, cul-terrien. Pouah !
A quoi le souffle ? et pourquoi donc cette machinerie des outrages. Je suis vivant, mais n’ai aucune preuve.
J’avais été en apnée dans l’étang, avec les brèmes et les silures. J’avais mangé tant de vase et de rhizomes. Analphabète de l’oxygène, conscrit de l’égout, préposé aux couleuvres. J’avais mangé des larves de libellules, des araignées d’eau, des laitances de crapauds. Hormis la poumonnerie, je devais être un être vivant, un bon vivant. J’avais rangé ma plèvre à la déchetterie publique.

Tu bois de l’eau H2O. Tu pisses SO2. Et la révolution s’inscrit sur ton diagramme PH. La mort est une saleté, les veuves sont gantées et le thanatopraticien aussi. La mort est olfactive, et les veuves et les enfants de chœur. Le fossoyeur tête-bêche et les héritiers sur le cul.
Tu bois de l’eau bénite. Tu pisses des indulgences et un chagrin condensé.

Oh ! maléfice du tromblon sifflotant de paramélisse,
Oh ! matricule du sous-ventre ronflant des cris de cul,
Rhododendrons du diable, crevez donc mordicus. La tête prise sous la mantule des grands charrois et des palans.

C’est quoi le monde sous ces esclandres trublions, sous ces menaces paracelses et placebos, sous ces grondements sismiques et pugnaces ?

Tu bois de la glu. Tu pisses attachant, pour le moins.

Je ne crois pas que l’avenir proche soit plus torve et torche que le soleil d’hier. Il suffit que les enfants comprennent le maniement des interrupteurs. Seulement après ceci, ils pourront finir nos guerres. Pas compliqué, l’avenir.

Quoi les eaux usées ? quoi les sacs vides de plasma ? quoi la disparition des donateurs ?
Je dis que c’est pas compliqué la savane. Un lion confetti et un cachet à jeun chaque matin.
Tu bois de la vodka pur sucre. Tu pisses de la mélasse triste.

J’ai cassé mon polochon. J’ai pété mon ridicule.
Je détricote la vie à la clef à molette.
Je détricote.
Tratretritrotru, détricote
Brabrebribrobru, débricote
Frafrefrifrofru, défricote

On aimerait bien dire du bien ou du mal. On ne peut pas. Les œillères de la langue héminégligent les adjectifs. Le mors sur les molaires brise les aspérités des gros mots. Va te faire moudre !
Va-t-on dire illico presto ?
Va-t-on dire illici presti ?
Va-t-on dire illicu prestu ? turlututu et tutti.

La directive prime. En patois matois, en norvégien surgelé, en finnois des dimanches, en morse manchot, en langue des signes dans le texte.

Alors des arbres plein les poches, des réserves de pâte à papier sous les cernes, je façonne les lettres qui parviendront aux forçats de la sécurité, je dresse les procès-verbaux artificiels de la déroute, je transcris les notices du bonheur, la posologie, et les contre-indications. Pas un mot sur les effets secondaires. La savane, les lions, le marigot pourri. Et le ventre gonflé des enfants morts. Et le chant de contrition d’une fille soldate.
Tu bois du lait de guenon. Tu pisses des chromosomes cousins.

Alors quoi fourmille ? quoi fermente de manioc et de palme ? quoi pullulent les insectes jaunes et gluants ?
Un bombardier mensonger détruit la tour de radiotélévision. La ville, abasourdie, informe la ville voisine de la fermeture prochaine de la mission catholique, du livre des pots-de-vin et de la rue des verroteries. L’école est déjà murée et le dispensaire est désert.

Qui préoccupe ? les larmes de septembre ? la tentation des bouches closes ? les dames de compagnie et les dortoirs vermifuges ?
C’est une allée vers le translucide. C’est un trottoir qui mène au rire de clown. C’est l’escalier de la défaite inutile.
Tu bois le cours de la bourse. Tu pisses l’infortune.

Alors loin de moi s’éteint une Amérique, loin de moi croupit le sang des bisons, loin de moi la proue des brise-glaces. La queue des baleines, la queue blanche du pygargue à queue blanche. Je descends vers les tropiques comme l’on descend d’un tram de banlieue sur un trottoir de jonquilles. Je descends vers l’équateur intestin, filtre des vitamines, des amibes et brasier d’émotions. Je descends vers le radiateur du diable au thermostat corrodé, gonflé de soudures, pansé d’étoupe et de coton cingalais. Je descends sur la grève où paissent les Mariachis et les derviches.

Alors proche de moi s’installent l’orchestre androgyne et le chœur des castrats papistes. Proche de moi se rembobine un psaume aquatique et salé, proche de moi les oriflammes et les haubans de couleurs. Le panache des perroquets. Le panache des porcs-épiques.

Je m’assois sur le ventre des loutres. Je m’assois sur le verbe, les virgules et les points d’exclamation.
Tu bois des assertions, tu pisses des truismes décatis et vulgaires.

Alors quoi vocifère ? les taux d’intérêt des huissiers, le minimum vital, le poids d’un rouge-gorge. Les cataplasmes sur les ulcères et les soucis. La soupe trop salée.

Je casse un sac de noix. Je pète un sac-à-rire. J’attache des charades à la bitte du dictionnaire.
Je pile, j’empile, je rempile.
Pile, pal, poule.
Je plie, je déplie, je replie.
Pluie, place, plouf.
Je conjugue au futur les mots de la colère.
Je rerai, tu reras, nous rerons.
Les sagaies, les arbalètes, les sarbacanes. Le poison par bidons, la dioxine en pilules, le paradis en inhalation. Le sucre en morceaux et les pêches au sirop.

Loin de moi la haine du monde. Proche de moi quelques négligences sur un guéridon au soleil.
Je dissèque la solitude et la donne en partage à la corneille de service, au cheval dans son parc, à l’abeille morte de froid. J’autopsie la solitude. Ça grouille dans les viscères. Il y a foule. Des amis, des aventures, des capitales, les bêtises, des migrants désintégrés. Un boudin hémophile. Un jumeau hémiplégique.
Tu te bois. Tu pisses de l’étranger.

C’est pas compliqué la savane. Des pistes fourvoyées vers le manioc. Des carrefours tronqués vers l’école, la mission et le dispensaire. Un maître du savoir, un gardien du territoire. Une ville de cases. Noires, blanches, diagonales et sans lisière. Je donne des graines de courges au vent du soir. Je donne des liqueurs poivrées au soleil de midi. Je donne des cartouches d’encre au facteur déluré. Et je vends des serments et des chartes au gardien des vautours et des urnes.
Loin de moi qui ? Et proche de moi quoi ?

Face aux remparts, une flambée de criquets, de l’alcool de contrebande, des armes nouvelles et un protocole de guerre. Le territoire, la main d’œuvre et l’ingénierie. La plaine, les femmes et le savoir.
Face aux remparts, des guenilles, des panneaux d’écorce, des cornes d’antilopes, une radio de haine et d’étendards.
Face aux remparts, des tonneaux de fuel et de bière. Les héros émancipés, les vociférations et les deuils futurs.
Plus tard le couvre-feu, les moustiquaires, la peau salée des femmes. La guerre est reportée. Maintenant on jouit et on pleure sur des ventres avenants et prometteurs. Maintenant on jouit.

Je dépèce une résolution datée et signée. Je presse les viscères d’une dictature.
Allah, Allez, Ali, Allo, Allut.
Heili heilo.
Heidi and I, Heidi and you.
Je garrotte et j’énuclée. Je talion et jugement dernier. J’indulgence à petit feu. Je damne à gros tas.
Je prépare les linges et l’eau chaude. Je convoque les sages-femmes. Je lance le travail.
C’est pas compliqué la savane.

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